La permaculture

Pascale a travaillé dans un cirque (écuyère sur des éléphants en Amérique centrale), sur un bateau de croisière dans la mer des Caraïbes ; ont suivi 8 ans en Angleterre où elle s’est associée à un dessinateur. Elle a ensuite enseigné dans une école de langues, puis a été commerciale. A 50 ans, elle a repris le chemin de l’université pour passer un Master 2 communication environnementale et développement durable, en 2007, le premier du genre à Nice .

Vous me direz : « Mais quel est le lien entre tout ça ? » La nécessité de gagner sa vie, bien sûr mais ces choix successifs ont été dictés par l’impulsivité et la curiosité d’expérimenter différentes aventures professionnelles.

Comment as-tu fait ce choix de permaculture ?

Cela s’est fait de manière naturelle et spontanée. J’ai reçu un mail qui parlait d’une formation à un coût raisonnable, donc j’ai sauté sur l’occasion et ça m’a permis de faire cette rencontre avec une nouvelle matière qui était jusqu’alors très peu connue (quand j’évoquais le sujet autour de moi, personne ne savait ce qu’était la permaculture) … C’était en 2017

Notre planète - La permaculture 1

Mais il faut avoir une attirance pour la nature, au départ, pour s’orienter dans cette direction ?

Tout à fait d’accord ! Cela faisait déjà un moment que j’avais lu le livre de Perrine et Charles-Hervé Gruyer sur leur ferme biologique du Bec Hellouin en Bretagne. Et cette lecture a été l’aboutissement d’une recherche, d’une quête qui avait toujours été présente en moi, sous-jacente.

Mais j’aimerais remonter encore plus loin. D’où te vient cette attirance pour la nature ?

Oh ! Oui. Elle est profondément ancrée en moi : j’ai toujours eu besoin du contact avec la nature pour me sentir vivre. La nature me fait vivre, au sens profond. Par l’acte de contemplation bien sûr, mais aussi la sensation d’être au cœur de la vie.

Peux-tu définir rapidement la permaculture ?

La permaculture est basée sur trois piliers : prendre soin de la terre, prendre soin de l’homme et partager. Donc on n’est plus du tout sur un rapport financier ni de profit. Non, on est là pour prendre notre part, donner notre part aussi, rendre à la terre ce qu’elle nous donne pour continuer à l’enrichir. C’est vraiment un vase communiquant. Et surtout partager pour que tout le monde puisse en profiter.

Pour développer un peu : que la permaculture rassemble l’homme autour de la Terre qui nous nourrit dans la connaissance, le respect et la gratitude. La notion de profit et de tirer profit est inexistante. Nous prenons notre part dans la justesse de nos besoins tout en continuant de nourrir la terre, le sol et notre âme en partageant en conscience et confiance. Une autre forme de socio-économie basée sur une décroissance sereine qui peut être un modèle économique parfaitement viable pour tous contrairement au modèle capitaliste qui sert une poignée d’individus avides au gain au détriment des intérêts de l’humanité.

Notre planète - La permaculture 2

Mais comment rendre à la terre ce qu’elle nous donne ?

C’est ce que faisaient les Anciens, mais en y rajoutant la connaissance d’aujourd’hui. Ça permet de retrouver les vraies valeurs de la culture, la connaissance du sol. Les Anciens le faisaient intuitivement et nous, on réapprend à retrouver cette intuition par le biais des connaissances scientifiques.

Ça tient la route d’un point de vue scientifique, mais au quotidien, comment mets-tu cela en œuvre ?

Je vis dans un milieu urbain, donc, assez loin du contact avec la terre. Mais les villes ont besoin de ce contact. Je me suis spécialisée dans la gestion des déchets en milieu urbain et j’ai développé des connaissances sur le lombricompostage, qui est particulièrement adapté aux villes.

Ta pratique au quotidien ?

J’ai installé deux lombricomposteurs à la maison pour mes déchets organiques. Je privilégie le bio, le local et le vrac. Très peu d’emballages.

Lombricompostage, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, je pense que le compostage est une nécessité : en 2022, il y aura une taxe individuelle à payer en fonction du poids de ses poubelles.
Mais au-delà de l’aspect financier, il faut savoir que 40% de nos déchets ménagers sont recyclables car ce sont des matières organiques, comme les épluchures de fruits, de légumes, coquilles d’œufs. Même chose pour tout ce qui est fait à partir de fibres de bois : les boîtes d’œufs, les rouleaux de Sopalin… qui ont une haute concentration en eau et en carbone.
Le lombricompostage permet de recycler ces déchets, très rapidement, de manière efficace, et de nourrir ensuite le sol. Les lombrics (vers de terre) travaillent et recyclent la matière en un compost riche et pur qui peut être ensuite réintroduit dans le sol qui a bien besoin de cette aide pour être de nouveau vivant. Composter est un acte de Vie.

Des vers de terre, donc ?

Oui et non ; ce sont des vers, mais qui sont adaptés pour vivre hors-sol, pas dans la terre. On reproduit de manière un peu contrainte ce que fait la nature de manière « naturelle ». Si la nature ne recyclait pas, nous serions complètement ensevelis sous les déchets végétaux.

Peux-tu nous parler d’une réussite particulière ?

Ma première vente d’un lombricomposteur adapté à un foyer individuel. Ce couple, qui tient un restaurant végétarien, cherchait depuis un moment à recycler les déchets de manière intelligente et ça a très très bien marché. Ça permet aussi de créer un lien social, car ce qu’ils n’utilisent pas, ils peuvent le donner ou alors créer un milieu verdoyant autour de leur commerce.

Tu m’as parlé d’une petite maison dans le Var?

Nous étions plusieurs et j’ai été aidée pour ensevelir tous les déchets végétaux directement dans une terre très pauvre, plutôt sableuse et nous avons vu moins d’un an plus tard, le plein épanouissement de ces plantes, de ces fleurs et d’arbres qui vivotaient et qui ont littéralement explosé. Comme quoi le sol est très réactif ! Nous y avons « injecté » peu de matières, peu de temps et peu d’efforts, en comparaison des résultats réels. Oui une réussite très joyeuse !

Dirais-tu que tu es optimiste ou pessimiste en ce qui concerne l’avenir de notre planète ?

Ni l’un ni l’autre…
Je suis optimiste car internet a cette capacité de rassembler les hommes qui veulent vivre autrement, prendre leur vie en mains et décrocher d’un système purement financier. Je suis par ailleurs affolée des politiques de l’autruche des gouvernements qui tardent à agir, qui font des effets d’annonces. Mais c‘est la base qui va bouger, j’en suis persuadée !

Sur Facebook : Pascale Senejoux Guide composteurs et Vie biologique des sols

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